Archive pour la catégorie 'La lettre de Socialisme et démocratie'

La Lettre de Socialisme et démocratie N°127

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La Lettre de Socialisme et démocratie N°125

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La Lettre de Socialisme et démocratie N°123

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La Lettre de Socialisme et démocratie N°122

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La Lettre de Socialisme et démocratie N°121

socialisme&

démocratie

sommaire_______________________

L’Edito

Les socialistes et l’Europe, 2 fois oui ! par Alain Bergounioux & Michel Destot

lebloc-notes

jean-Christophe Cambadélis

tribunes

Rénovateurs : encore un effort pour être réformistes

par Jean-Marie Le Guen

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La Lettre de Socialisme et démocratie N°119

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La Lettre de Socialisme et démocratie N°118

La Lettre de Socialisme et démocratie N°114

SD N° 112

” Le défi pour tout socialiste, ce n’est pas seulement la révolte contre l’injustice ; c’est de trouver les moyens de rendre la société plus juste “

 SOCIALISME&

DEMOCRATIE

La lettre de

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Lettre hebdomadaire No. 112 – du 21 mai 2007 — Directeur de la publication : Alain Bergounioux — sixième année

L’edito

de Joël Carreiras, conseiller régional de Midi-Pyrénées

le champ des

possibles est

ouvert

Le résultat des présidentielles doit désormais être évalué à sa juste mesure au regard de l’histoire du pays comme de l’avenir de la gauche. A l’instar de notre candidate manifestant le souci constant d’une écoute attentive du peuple, nous ne pouvons ignorer le moment essentiel de son expression qui est celui de l’élection elle-même.

Si notre mémoire militante en retiendra une ferveur fortement structurée par une volonté de rénovation et par le rejet de N. Sarkozy, l’histoire retiendra quant à elle les 25 % d’une gauche asséchée au 1er tour et une défaite finale à 47 % au second.

Or, l’histoire politique n’est pas qu’une succession d’évènements. Ce qui importe est d’en analyser les processus d’accouchement car la paresse serait de confondre symptômes et solutions.

En d’autres termes, la campagne de Ségolène Royal elle-même, tout comme les critiques factuelles ou les aveuglements excessifs qui en sont dressés, ne sont-ils pas que la pure expression symptomatique de carences plus structurelles ? Si tel est le cas, la réponse n’est pas dans la précipitation à trancher la question d’un quelconque leadership mais à construire les solutions politiques d’une légitimité collective renouvelée vis à vis des français.

Devons-nous réduire notre ambition à n’offrir éternellement qu’un vote refuge de résistance plutôt qu’un vote d’adhésion ? Devons-nous se consoler d’élections intermédiaires réduisant notre formation à l’addition de légitimités locales ? Devons-nous se satisfaire des colmatages habituels confondant l’affichage d’un contenant au dépend d’une exigence d’un contenu ? Chemin faisant, d’Etats Généraux en Assises de la gauche, de rénovation scandée en rassemblements invoqués, la litanie des mots et des choses n’a pas eu raison de la nonchalance des esprits, de l’engourdissement des volontés.

Tout le monde s’accorde. La victoire de la droite est celle d’une revanche idéologique qui a puisé sa détermination dans la volonté de clore le cycle ouvert par François Mitterrand en 1981. Nicolas Sarkozy s’est présenté comme le candidat d’une alternance à travers un discours de refondation identitaire néoconservatrice patiemment construite.

Sa victoire n’est pas un accident et notre défaite n’est donc pas une coïncidence. Elle impose à la gauche une réponse structurelle à la hauteur du défi : affronter la fin d’un cycle ouvert dans les années 70 et engager la refondation de son socle, de ses méthodes, de son discours faute d’accréditer l’idée d’une « gauche devenue la plus bête du monde ». Notre devoir n’est plus seulement celui de l’inventaire. Il est celui du vide-grenier pour un réarmement nouveau, du renouvellement plutôt que du ravalement.

2002 ne fut pas qu’un événement. 2004 a offert la diversion illusoire du réconfort. 2007 résonne comme un achèvement malgré la dignité de notre présence au second tour.

Si la gauche et les socialistes sont collectivement responsables de n’avoir pas su renouveler leur offre politique, cette question va au delà de l’issue factice de nouvelles alliances ou des frontières du Parti. Elle exonèrerait trop, leurs délateurs comme leurs zélateurs, du devoir de s’interroger sur nous-mêmes.

Alors bien sûr, l’heure est à l’unité pour combattre et assurer le meilleur score aux législatives. Mais l’unité n’interdit pas la lucidité. Cette dernière en est la condition si l’on veut que ce prochain scrutin devienne aussi le point d’appui d’un combat plus efficace contre la droite et d’une alternative crédible pour un peuple dont nous avons entendu le message.

Reconnaissons-le, Ségolène Royal a ouvert le champ des possibles et bousculé le probable. Le changement dans la continuité s’éloigne désormais du souhaitable.

 

Entretien avec

Pierre

Moscovici

BLAIR ET NOUS

1. Tony Blair va partir. Comment expliquer son indifférence à l’égard de Royal ? Qu’aura-t-il apporté à la social-démocratie ?

Tony Blair est sur le départ. Il rencontre des difficultés politiques internes depuis 2003 – avec sa position sur l’Irak – qui se sont accentuées depuis novembre 2004, lorsqu’il a été, pour la première fois depuis 1997, “lâché” par son propre camp sur la question de l’allongement la durée des gardes à vue des suspects de terrorisme. C’est aujourd’hui un homme politique en fin de course, plus préoccupé par l’empreinte qu’il va laisser que par des sujets politiques qu’il n’aura pas à traiter – même si la tentation de “rajouter son grain de sel” reste forte pour lui, comme on l’a vu avec le dossier de la réforme de l’Union. Son indifférence envers Ségolène Royal, qui s’appuie également sur des divergences idéologiques profondes – Tony Blair a toujours été complaisant avec la droite autoritaire, celle de Berlusconi et Aznar hier, de Sarkozy aujourd’hui – doit être interprétée dans ce contexte là.

Pour autant, il aura sans doute forcé la sociale démocratie à adopter un visage plus moderne, plus pragmatique, plus efficace, moins idéologique, et aura contribué à entraîner le mouvement vers le centre, sans pour autant lever l’inquiétude sur la capacité de la “3ème voie” à répondre de manière adéquate aux inégalités sociales.

2. Au-delà des raccourcis, que reste-t-il du blairisme ?

Le blairisme a à son actif un certain nombre de réussites. C’est avant tout l’oeuvre d’un avocat brillant et d’un stratège hors pair, plus qu’une doctrine et une idéologie. C’est la combinaison d’une vision, d’une stratégie et d’une tactique, qui s’est appuyée sur un personnel politique renouvelé, une stratégie impeccable de conquête interne du pouvoir et une communication hyper sophistiquée.

Il laissera un souvenir fort dans trois dossiers. La politique économique tout d’abord, avec un dynamisme de la croissance britannique hors pair, et l’instauration d’un salaire minimum britannique qui, même faible, a sans doute permis de faire sauter un verrou psychologique. Toutefois, il aura échoué dans la lutte contre les inégalités, le Royaume-Uni connaît aujourd’hui un dualisme social aggravé. La restauration des services publics – et notamment des hôpitaux -, même si dans ce domaine les résultats n’ont sans doute pas été à la hauteur des ambitions – la réforme des universités a ainsi été en partie vidée de sa substance par les députés du Labor. Enfin, une politique étrangère controversée. Tony Blair aura été un pro-européen convaincu et déterminé. Il aura permis une avancée majeure dans le domaine de la Défense au Sommet de St Malo avec la France en 1998 – concrétisant le revirement du Royaume-Uni, jusqu’alors opposé à une construction militaire en dehors de l’OTAN. Il aura également permis l’élaboration du Traité Constitutionnel Européen, et aura consenti aux transferts de pouvoir vers “Bruxelles” que celui-ci organise. Mais il aura également soutenu l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Euro sans conviction, et surtout été l’artisan de la division des gouvernements européens sur la guerre en Irak.

3. On a loué la rénovation engagée par les travaillistes pendant les années Thatcher Major ou l’impact des Clinton ou encore d’Obama aujourd’hui chez les démocrates américains. Qu’est-ce qui est “importable” et adaptable en France ?

Le blairisme reste une référence controversée, il doit nous inspirer sans nous aveugler. Etre efficace n’est pas trahir ses valeurs. Etre cohérent n’est pas contraire à la pureté idéologique. Avoir une vision stratégique, penser ensemble les outils politiques, les idées, les objectifs, n’est pas un pêché contre le socialisme. Chez Tony Blair plus particulièrement, ce sont la force de conviction sans pareil, la capacité à moderniser une doctrine, le sens du leadership et une incroyable habilité à mobiliser un parti et à en assurer la cohésion qui doivent être observées de près en France.

Néanmoins, il y a peu de choses à copier dans le blairisme, car peu de choses transposables. La 3ème voie a été conçue il y a 10 ans et ne s’est pas assez renouvelée. La société a changé. Les trajectoires historique, politique, économique, de la Grande-Bretagne et de la France sont différentes. Le blairisme s’adapterait mal à la France: il est trop réticent face à l’Europe politique, trop contradictoire dans sa politique étrangère et surtout trop atlantiste, excessivement libéral.

5. Dans quelle mesure le PS gagnerait à développer une relation plus fructueuse avec nos amis anglo-saxons ?

Il y a dans le blairisme de vraies leçons à retenir, tactiques et stratégiques notamment, qui seraient utiles aux socialistes en ces périodes de domination sans partage de l’UMP. A son échelle, avec moins de talent et de charme mais plus de brutalité, Nicolas Sarkozy a réussi avec l’UMP ce que Tony Blair a réussi avec le Labour. L’UMP et aujourd’hui un parti solide, décomplexé et rangé en rangs serrés derrière son leader, et il s’est métamorphosé en une redoutable machine à gagner les élections. Nous devons construire, face à lui, une coalition progressiste d’une puissance comparable. L’examen du travail de nos partenaires européens peut nous y aider.

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SOCIALISME&

DEMOCRATIE

La lettre de

Point de vue

6 mai 2007 : Le moment américain

Par Maxime des Gayets

L’américanisation de la vie politique française ne s’est pas limitée à l’influence des néo-conservateurs sur le projet du candidat de l’UMP. La défaite de la Gauche s’explique aussi par des carences électorales et idéologiques similaires à ce qu’avait rencontré John Kerry lors de la dernière élection présidentielle aux Etats-Unis.

Trois ans après l’élection américaine de 2004, la France a vécu à rebours un épisode politique bien proche de ce qui s’était passé aux Etats-Unis. Le 6 mai 2007 fut, en quelque sorte, son moment américain.

Du côté des vainqueurs tout d’abord, l’influence de la droite américaine sur la campagne de Nicolas Sarkozy ne fait plus mystère et n’est certainement pas étrangère à son succès. De l’exacerbation du patriotisme à la promotion d’une société du mérite, du recours au populisme pénal à la tentation communautariste, Nicolas Sarkozy a multiplié les actes de conversion au logiciel néo-conservateur à chacun de ses meetings.

Mais à Gauche aussi, des parallèles méritent d’être soulevés entre la situation vécue en 2004 aux Etats-Unis et ce qui s’est passé cette année en France.

La comparaison peut être formulée sur le plan électoral. Le socle d’électeurs ayant choisi de soutenir Ségolène Royal comporte les mêmes caractéristiques que celui de la gauche américaine. Il s’agit principalement des intellectuels, des urbains et des minorités. Dans un cas comme dans l’autre, l’électeur « ordinaire », celui des classes moyennes, n’a pas été sensible aux discours formulés par les progressistes.

En 2004, 60% des habitants des grandes villes avaient voté pour John Kerry, contre 39% pour George W. Bush alors que 52 % des habitants des zones pavillonnaires optaient pour ce dernier. Le 6 mai dernier, la Gauche a fait ses meilleurs scores dans les grands centres urbains, la Droite obtenant le plein des voix en zone rurale.

Comme John Kerry, Ségolène Royal n’a pas su mobiliser en nombre d’autres profils d’électeurs. Comme lui, elle a été lourdement sanctionnée chez les catégories les plus âgées.

Un autre constat douloureux s’impose à la gauche française : toute une partie des couches défavorisées s’est montrée sensible au discours du candidat de l’UMP. 60% des Français sans diplôme et 54% de ceux qui disposent des revenus les plus bas, ont voté pour Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007.

Cette réalité sonne comme un écho à ce qui avait été constaté, à propos des élections américaines de 2004, par l’éditorialiste du New-York Times, Nicholas Kristof : « Des millions de fermiers, d’ouvriers et de serveuses ont voté pour les républicains, allant ainsi radicalement à l’encontre de leurs intérêts. L’un des principaux succès du parti républicain, ces dernières décennies, est d’avoir convaincu de nombreux travailleurs pauvres du bien-fondé de voter des baisses d’impôts pour les milliardaires ».

Vivre comme des pauvres et voter comme des riches… C’est aussi la réussite de l’UMP qui a convaincu de nombreux travailleurs pauvres du bien-fondé du bouclier fiscal…

Mais la comparaison ne s’arrête pas là. Revenant sur leur défaite face à Georges W. Bush en 2004, les démocrates américains ont cherché à comprendre pourquoi ils n’avaient réussi à battre celui qui, dans le champ économique comme sur le terrain politique, multipliait pourtant les échecs. Et la gauche française pourrait avoir la même interrogation à propos de Nicolas Sarkozy et de son bilan au pouvoir…

Pour eux, l’échec de John Kerry s’explique par une carence fondamentale : l’incapacité pour la gauche américaine à donner une lecture du monde à leurs concitoyens.

La tâche de la politique ne consiste pas seulement à apporter des réponses aux problèmes rencontrés quotidiennement par les électeurs. Dans un monde qui s’est complexifié, dans des sociétés atomisées, il appartient aussi aux responsables politiques de fixer des repères et de produire une grille de lecture dans laquelle chacun puisse se situer. Comment, en effet, rendre intelligible des politiques publiques à des individus qui n’arrivent pas à se penser dans une société ?

Au niveau national comme au niveau international, George W. Bush a construit ses discours autour d’une vision binaire fausse mais efficace : ceux qui veulent s’en sortir face à ceux profitent du système, l’axe du Bien contre l’axe du Mal. Face à lui, John Kerry n’a pas trouvé les marqueurs permettant d’éclairer et de rendre intelligible le monde vécu.

On le voit bien, cette difficulté rencontrée par les démocrates américains s’est retrouvée dans la campagne menée par la Gauche lors de l’élection présidentielle.

Comme G.W. Bush, Nicolas Sarkozy a construit patiemment sa campagne autour d’une vision du monde caricaturale mais compréhensible. Les fraudeurs d’un côté, la France qui travaille de l’autre, les honnêtes gens face aux délinquants.

Et contrairement au candidat de l’UMP, la Gauche n’a pas été capable de « donner à lire le monde », de proposer une vision générale de la société française de laquelle aurait été déclinée ses propositions concrètes.

A n’en pas douter, cette incapacité structurelle de la Gauche à penser le monde constitue son principal obstacle dans le chemin de la reconquête. Il s’agit donc du premier chantier auquel s’atteler si nous voulons revenir au pouvoir demain.

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SOCIALISME&

DEMOCRATIE

La lettre de

Casser le trouillomètre

Par Pierre Kanuty

Si on ne veut pas que la gauche se ramasse à la pelle le 18 juin prochain, il faut cesser d’aller à la bataille à reculons.

Depuis le 6 mai, il est difficile de poser un regard serein sur la situation politique. Normal, puisque tout n’est pas encore fixé. Mais trop d’éléments depuis quelques semaines donnent le sentiment que quand les socialistes proposent à la France que « la gauche les protège » cela veut dire en réalité qu’ils voudraient qu’on les protège.

La schizophrénie est totale. Une difficulté à parler de défaite, jusqu’à employer le mot et aujourd’hui, alors qu’on nous a promis de nous mener vers « d’autres victoires », on entend de la bouche de beaucoup de dirigeants du parti qu’il faudrait assurer une espèce de minimum syndical lors de l’élection législative. Curieuse contradictoire quand on considère la lucidité qui fut celle de la plupart sur l’ampleur et la nature de la victoire de la droite. Si face à une droite effervescente on a une gauche évanescente, ce sera la défaite à coup sûr. Surtout si on donne le sentiment de se retrouver dans la nouvelle donne. Quand on fait de la politique, on cherche à peser sur les événements, on ne cherche pas à justifier le fait qu’on les subisse.

La phase de nomination du gouvernement, opportunément lors d’un week-end prolongé qui permettait aussi d’éponger le trop plein de ces derniers mois en a rajouté dans le sentiment de panique. Sur fond de Festival de Cannes, le casting du gouvernement Fillon est signe des grands films catastrophes des années 70. Pleins de grands acteurs, quelques visages prometteurs et quelques dinosaures. Un scénario dont l’intrigue est connue et dont les ressorts de l’émotion reposent à la fois sur les effets spéciaux et sur de bonnes ficelles.

Le gouvernement Fillon de ce point de vue exploitera tous les filons qui lui permettront d’assurer la transformation le 17 juin prochain de l’essai du 6 mai dernier.

On s’offusque des « débauchages » sensés nous faire perdre des voix. Il faut cesser de faire sembler d’ignorer que tous les mitterrandistes ne furent pas socialistes et que la politique est aussi faite de trahison. Mais c’est à l’ampleur de l’émotion que l’on mesure la solidité du groupe. Si donc le PS, fort de ses 300 000 adhérents donne le sentiment de flancher par que trois ou quatre se sont faits la malle où en est-on ? Dans notre parti adoré, les transfuges lors des congrès n’ont jamais affaibli par leurs départs les courants d’origines. Toute l’histoire du NPS le prouve d’ailleurs.

Il faut donc cesser avec ce défaitisme qui mobilise à droite et qui démobilise à gauche. Il faut occuper tout le terrain des législatives pour développer les propositions des socialistes. Pour expliquer que quand l’état de grâce fondra au soleil d’été, c’est l’état de menace qui s’installera et avec, on sera habillé pour l’hiver. Déjà pointent les attaques : fin de la carte scolaire, mise en place d’une politique de déremboursements…

Le rôle des socialistes n’est pas de commenter ce que fait le gouvernement, mais de le combattre. Si ce 6 mai fut un « 10 mai 81 » pour la droite – et on y reviendra, il faut tout faire pour que l’alternance ait quand même lieu en juin. Il ne suffit donc pas de dire qu’on est combatif, il faut l’être.

Agenda

Dominique

Strauss-Kahn

Vendredi 18 mai – Hauts de Seine – Malakoff

Samedi 19 mai – Val de Marne – L’Haÿ les Roses

Mercredi 23 mai – Sarthe – Le Mans

Jeudi 24 mai – Saône et Loire – Chalons sur Saône

Lundi 28 mai – Lyon

Mardi 29 mai – Meeting du Zénith

Mercredi 30 mai – Seine St Denis – Villepinte

Jeudi 31 mai – Doubs – Montbéliard

Vendredi 1er juin – Nord – Wattrelos et Pas de Calais – Bruay-la-Buissière

Samedi 2 juin – Paris 12ème

Mardi 5 juin – Bouches du Rhône – Marseille et Gard – Nîmes

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SOCIALISME&

DEMOCRATIE

La lettre de

XIe congrès de la Confédération européenne des syndicats

Le congrès de la CES se fixe pour objectif des salaires plus élevés et un marché européen du travail accordant à chacun un traitement équitable.

La Confédération européenne des syndicats (CES) lance aujourd’hui une campagne en faveur de salaires plus équitables en Europe, dans le cadre de son passage « à l’offensive » destiné à améliorer la situation des travailleurs et de leur famille. Au cours du 11ème congrès de la CES les délégués mettent l’accent sur les politiques salariales et les conditions de travail, y compris le système de “flexicurité” sur le marché de l’emploi.

Les délégués du congrès, en provenance de toute l’Europe, soumettront leurs propositions afin d’améliorer les conditions de travail et de renforcer le dialogue social, les négociations collectives et la participation des travailleurs à la prise de décisions à tous les niveaux.

Une déclaration du Comité exécutif de la CES explique comment les travailleurs ont perdu les bénéfices de la croissance économique européenne au cours des dernières années: dans la plupart des pays de l’UE, la part des salaires dans le PIB n’a cessé de diminuer; les augmentations de salaires, en particulier dans la zone euro, ont à peine suivi le rythme de l’inflation; l’écart entre riches et pauvres ne cesse de croître et les femmes gagnent en moyenne 15% de moins que les hommes; en raison des inégalités importantes existantes entre les divers pays, les travailleurs migrants sont aujourd’hui utilisés afin de s’attaquer aux taux salariaux convenus.

“La CES ne peut tolérer les hausses permanentes des niveaux de pauvreté et d’inégalité entre les Etats membres de l’UE et au sein de ceux-ci, et entre les hommes et les femmes,” a déclaré le Secrétaire général de la CES, John Monks.

Les syndicats sont aussi sceptiques concernant le débat actuel sur la “flexicurité”, qui devrait inspirer les propositions de la Commission européenne dans un proche avenir. La flexibilité accrue doit bénéficier à la main-d’oeuvre ainsi qu’aux entreprises souligne la CES, et elle ne doit pas conduire à une déréglementation radicale qui pénalise avant tout les travailleurs les plus vulnérables.

“Nous assistons à l’apparition d’un marché unique de l’emploi dans l’UE,” a déclaré John Monks. “Nous devons nous assurer qu’il offre de bons emplois et que tous les travailleurs peuvent y participer de manière égale et équitable.”

Selon la CES, les ingrédients essentiels d’un accord de flexicurité acceptable sont: des emplois de meilleure qualité, une protection sociale et une assistance sociale fortes, et la consultation des partenaires sociaux.

Le manifeste social-démocrate : faites-en votre affaire !

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La Lettre de Socialisme et démocratie

Lettre hebdomadaire No. 106 – du 13 mars 2007 — Directeur de la publication : Alain Bergounioux — sixième annéeL’éditode Dominique Strauss-Kahn

Aujourd’hui, je suis en colère.

L’élection de 1995. Les Français ont soldé les comptes des deux septennats de François Mitterrand pour embrasser l’illusoire engagement du combat de Jacques Chirac contre la fracture sociale.

L’élection de 2002. Les électeurs, dans un élan républicain sans précédent, ont rejeté massivement l’extrême droite et la politique du pire de Jean-Marie Le Pen.

L’élection de 2007. Sera-t-elle la promesse bafouée d’un vrai débat sur l’avenir de la France ?

Une fois encore, on prive les Français d’un vrai débat sur le projet de société qu’ils appellent de leurs voeux. On les infantilise.

Sondages à la hausse pour les uns ou à la baisse pour les autres. Commentaires évidemment savants sur leur fiabilité supposée. Sondages sur l’intérêt des sondages ! Rumeurs habilement distillées par tel commentateur ou tel éditorialiste sur l’ambiance au sein des équipes de campagne. Partage fumeux d’hypothétiques strapontins ministériels alors que le second tour de l’élection est dans 55 jours ! Et même, dernièrement, mise aux enchères d’un parrainage d’élu !

Nous marchons sur la tête. J’enrage !

Les questions centrales sont esquivées, évacuées, passées sous silence. Ce sont les signes d’un pays qui doute, d’une République qui va mal et d’une démocratie qui étouffe.

La France et les Français méritent un vrai débat avec de vraies réponses à leurs interrogations.

D’abord, une réponse à leurs préoccupations quotidiennes. Le pouvoir d’achat, la lutte contre le inégalités, le plein emploi, la nécessaire maîtrise de notre dette, le retour de la croissance : voilà les thèmes qui devraient être au coeur de la campagne que nous menons face à la droite.

Ensuite, l’avenir et le chemin que nous voulons tracer pour la France de demain. La relance européenne, l’éducation, nos universités et notre recherche, la question du vieillissement et, bien sûr, nos engagements environnementaux, qui sont désormais le dénominateur commun à l’ensemble des politiques que nous voulons mettre en place : voilà les questions essentielles que le prochain chef de l’Etat devra trancher. Ségolène Royal a proposé, mais personne ne veut échanger, de peur de se découvrir.

Les vrais sujets sont désespérément absents de la campagne.

On préfère commenter, gloser, pontifier.

Nous sommes à l’heure des choix qui engageront la France pour les prochaines décennies. L’urgence de la situation économique et sociale impose un débat « projet contre projet ». Le temps presse ! Nous avons moins de six semaines avant le premier tour. Alors, allons voir les Français avec le pacte présidentiel que nous défendons et parlons-leur, enfin, de politique.

 

Questions d’actu

• L’IDENTITÉ NATIONALE, PARLONS EN !

• GAUCHE, DROITE : UN CLIVAGE DÉPASSÉ ?

• LE TROISIÈME HOMME

LaurentBaumel

Si les convenances ne nous commandaient d’être un peu indulgent avec un vieux collègue qui fait son pot d’adieu, nous pourrions observer que la dernière allocution de Jacques Chirac nous a définitivement éclairé sur ce qui rendait inévitable sa retraite : Jacques Chirac appartient à un ancien monde, un monde définitivement mort. Il a débuté et mené une partie de son interminable carrière politique à une époque où une parole institutionnelle, même creuse, même floue, même inutile, avait un poids et un prestige pour la raison même qu’elle était une parole institutionnelle. Il la termine à une époque où la parole de l’autorité, parce qu’elle s’est en partie délégitimée, est accueillie avec circonspection et distance, une époque où si les leaders ne sont pas devenus plus convaincants, l’excès de vacuité et de flou est en tout cas moins facilement supporté.

L’identité nationale, parlons en !

Dans ce nouveau monde déniaisé, rempli d’électeurs analystes et stratèges de la vie politique, les gens peuvent aimer les mensonges ou les approximations, et préférer parfois le confort qu’ils offrent à l’âpre vérité, mais ils sont de moins en moins dupes de ce que font les uns et les autres et des raisons pour lesquelles ils le font. Dans la rubrique des manoeuvres qui n’ont échappé à personne ces derniers jours figurent ainsi les clins d’oeil appuyés à l’électorat frontiste d’un Nicolas Sarkozy qu’inquiète désormais la conjonction de l’effet Bayrou et de la sous estimation chronique du vote Le Pen. Nous avions eu la question des signatures (épisode encore en cours à l’heure où nous écrivons ces lignes), nous avons maintenant l’affaire du ministère de l’immigration et de l’identité nationale

Soyons clairs à ce propos : précisément parce que le nouveau monde est dépourvu de naïveté, les attaques sont nécessaires et utiles lorsqu’elles éclairent les gens sur ce qu’ils pensent déjà au fond d’eux-mêmes, lorsqu’elles mettent des mots sur des problèmes et des défauts qu’ils ont déjà perçu dans un programme ou la personnalité d’un candidat. Elle manquent leur cible et se retournent contre ceux qui les lancent quand elles sont excessives et déforment la réalité. Répétons donc ici que Nicolas Sarkozy n’est ni un raciste, ni un fasciste, et que pour être certes l’incarnation d’une droite dure et décomplexée, bâtie sur un singulier mélange d’orléanisme et de bonapartisme, il ne relève nullement de la tradition contre-révolutionnaire, celle du catholicisme intégriste, de l’antisémitisme, de Vichy, de l’Algérie française, qui nourrit la matrice lepéniste.

Et situons plutôt le problème tel qu’il se pose : Sarkozy n’est pas Le Pen, mais Sarkozy est l’homme qui, dans la droite française, a fait le pari de recycler le vote Le Pen en allant sur le terrain de ce dernier. Sarkozy est l’homme d’une construction stratégique commencée en 2002 avec la conquête du ministère de l’intérieur, une construction qui suppose de flirter autant de fois que les circonstances l’imposent avec la ligne jaune. Une construction qui pour être stratégique n’en est alors pas moins en effet doublement dangereuse : d’abord parce que les concessions ne sont pas que verbales, lorsqu’elles conduisent à préférer des expulsions spectaculaires à une approche humanitaire ou des gesticulations sécuritaires à la police de proximité. Ensuite, parce que de « la racaille » au ministère « de l’immigration et de l’identité nationale » en passant par « le mouton dans la baignoire », les petits jeux rhétoriques de Nicolas Sarkozy légitiment évidemment un climat dont Le Pen fait son miel. La stratégie du leader de la droite est dangereuse parce qu’elle peut précisément échouer comme stratégie et renforcer au bout du compte celui qu’elle visait à siphonner.

S’il faut récuser et combattre l’idée de ce ministère insolite, méfions nous en revanche du piège qui consisterait à refuser tout débat sur la question en effet essentielle de l’identité nationale. On connaît l’embarras avec lequel la gauche, justement sensible aux dégâts colossaux du nationalisme et imprégnée d’internationalisme prolétarien, a traité ou n’a pas traité cette question tout au long du siècle passé. Les conditions idéologiques existent désormais pour penser cette question avec plus de sérénité et de liberté intellectuelle.

Dans l’espace réduit de cette rubrique, nous nous contenterons de suggérer à ce propos cinq idées simples:

1. Les identités nationales sont des réalités sociologiques. Elles résultent des mécanismes mystérieux mais profonds de la transmission intergénérationnelle d’une identité collective, c’est-à-dire d’un certain nombre de valeurs, de références, de pratiques sociales. Malgré le grand brassage qu’ils induisent, ni la mondialisation, ni Internet n’ont dissous et ne dissoudront ces réalités.

2. L’identité française existe : c’est bien sûr, comme pour toutes les nations, une langue, une histoire, une culture commune. C’est aussi une conception très spécifique et assez unique du vivre ensemble, du contrat social, où la citoyenneté joue un rôle central. C’est le pari républicain, hérité des Lumières, d’une maîtrise possible de notre destin collectif. C’est l’investissement considérable, hérité de la Révolution de 1789, dans le politique et l’Etat, supposés pouvoir résoudre l’ensemble des problèmes de la société.

 

 

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C’est un combat pour la liberté mais une passion, non moins vive, pour l’égalité et un désir presque infini de protection. C’est une version nationale, accordée à ce vieux fond républicain et jacobin, du modèle européen de capitalisme socialisé et d’Etat providence. C’est la séparation de l’église et de l’Etat, la laïcité, et le réinvestissement d’un vieux fond de religiosité dans ce pari de la politique et de la révolution. Ce sont les déceptions que ces attentes ont créées tout au long de notre histoire, les crises, les réactions, les régressions qu’elles n’ont jamais cessé de produire, et l’impossibilité structurelle de banaliser la politique qui en résulte. L’identité française c’est la façon dont l’ensemble de ces éléments façonnent un système original, à la fois puissant et fragile.

3. Cette identité française est aujourd’hui en crise parce que ce système est percuté par ces chocs majeurs que sont la mondialisation, la construction européenne, la fragmentation sociale et culturelle, l’épuisement des ressources, le vieillissement démographique, la crise de l’idée même de progrès.

4. La crise de l’identité française est donc très loin de se réduire aux difficultés éventuelles d’intégration des nouveaux immigrés, a fortiori des anciens et de leurs enfants : c’est beaucoup plus fondamentalement une crise d’adaptation à la nouvelle donne historique et une crise du projet national français.

5. De ce point de vue, il paraît essentiel de rappeler que la potion libérale – populiste et les ambigüités de Sarkozy sur la question essentielle du communautarisme ne peuvent constituer des réponses à cette crise de l’identité française car elles tournent fondamentalement le dos aux valeurs et aux intention qui la constituent. La réponse à la crise d’identité française ne peut venir que de la gauche et de sa capacité à apporter les réformes qui permettront de rénover les instruments de notre modèle pour rester fidèles à ses objectifs et valeurs essentielles.

Gauche, droite : un clivage dépassé ?

Ceci nous amène à cette question récurrente, que la vogue sondagière autour de François Bayrou installe dans le débat politique.

Là encore, les exigences d’une démocratie adulte invitent à abandonner une certaine langue de bois qui ne répond qu’aux besoins de ceux qui la pratiquent. Si l’on veut traiter sérieusement de cette question, il faut accepter de reconnaître que le clivage droite gauche de mai 2007 n’est en effet plus celui de mai 1981, qu’il a effectivement perdu ce caractère absolu et presque religieux qui structurait nos combats et nos élans d’autrefois. Sur les deux axes où se jouent la compétition des offres politiques, celui de l’économie et celui de la société, les fossés infranchissables ont laissé place au déplacement des curseurs. Pour le dire d’une phrase rapide, la gauche ne propose plus de nationaliser l’économie et la droite constitutionalise l’abolition de la peine de mort. L’une et l’autre savent aussi ce que gouverner veut dire à l’ère de la mondialisation.

Mais si l’on veut bien donner congé à ces besoins d’affrontement total, on ne peut considérer pour autant que ces vieilles et chères notions de gauche et de droite ont terminé leur office historique, n’attendant plus que le coup de grâce de François Bayrou pour rejoindre elles aussi le rayon des souvenirs. La relativisation d’un clivage, sa laïcisation pourrait-on presque dire, ne signifie nullement sa disparition.

Dans la présidentielles de 2007, ce clivage droite – gauche s’exprime notamment de deux manières :

1. Comme l’a indiqué DSK dans son entretien au Monde, il s’exprime d’abord dans la manière dont on veut faire évoluer le modèle social français pour répondre à la mondialisation et aux nouveaux défis de la période. En gros, la droite veut « profiter » en France comme partout, des difficultés, tout à fait réelles, de notre système social pour introduire partout plus de marché, plus de flexibilité, plus de financement individuel, bref pour s’aligner sur les standards d’une mondialisation libérale. Ce fut hier le CPE ou la baisse des impôts aux bénéfices des plus aisés, ce sont aujourd’hui la restriction du droit de grève, ou les baisses massives d’enseignants dans les écoles et d’infirmière dans les hôpitaux proposées par Nicolas Sarkozy. La gauche moderne, sociale démocrate, celle que peuvent incarner, avec leurs différences, Ségolène Royal et DSK, veut concilier au contraire le progrès économique et la justice sociale.

2. Mais il s’exprime aussi dans la vision qu’on a en amont de la société. Face à la diversification des situations et des inégalités, la droite propose un modèle de concurrence généralisée. Elle légitime et revendique le chacun pour soi. Elle oppose les français, et notamment les plus modestes, ceux qui connaissent les difficultés matérielles les plus grandes, les uns aux autres. Si vous ne gagnez pas assez, c’est de la faute des chômeurs ou des immigrés, nous dit-elle, de façon explicite ou subliminale. La gauche moderne n’oppose pas les chômeurs aux travailleurs qui ont un emploi et gagnent peu : elle essaie de bâtir un ensemble de réponses cohérentes qui permettent de traiter les différents besoins. Elle veut à la fois le soutien au pouvoir d’achat, et la sécurité sociale professionnelle pour permettre à tous de travailler. Elle ne veut pas nier les réalités individuelles mais elle continue de penser qu’il faut fédérer les gens, qu’il faut « solidariser les individus » dans un projet collectif.

Ces différences essentielles n’interdisent pas tout débat sur une recomposition politique. Comme l’a noté encore DSK, il ne faut pas être excessif par rapport à la démarche de Bayrou. Mais ces différences indiquent qu’une recomposition politique ne pourra réellement s’opérer, à supposer que des rapports de force électoraux la rendent demain possible ou nécessaire, qu’autour du respect de ces identités politiques et non dans leur effacement artificiel.

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Chirac ne se représentera donc pas…

Par Pierre Kanuty

« Il faut un président à la France ». Tel était le slogan de campagne de VGE en 1981. Un choix curieux pour le président sortant, acte manqué et aveu d’inexistence que les électeurs comprirent si bien qu’ils choisirent un président qui eut le culot de se faire réélire sept ans plus tard, c’était François Mitterrand.

Un quart de siècle plus tard, c’est son ex-allié et fossoyeur Jacques Chirac qui en quelque sorte nous a dit à sa manière « au revoir » au soir du 11 mars

Pour la gauche et toute une génération de militants, l’événement n’a pas la même saveur que pour les politiques. Difficile de ne s’arrêter qu’à « l’émotion » et de rejoindre la communion nationale à laquelle seules la droite et une partie des médias participent car la seule évocation de Chirac renvoie des images qui gomment la grandeur du promeneur du Salon de l’Agriculture. Chirac c’est l’homme pressé qui en quarante ans de carrière s’est construit sur les dépouilles encore fumantes de ses adversaires en promettant à gauche et en gouvernant à droite pour rester au centre de la vie politique aussi longtemps que possible.

En 1976, quand il créa le RPR pour lui, c’était sous la bannière du « travaillisme à la française », prétendant incarner « un courant social-démocrate » pour apparaître à gauche du giscardisme. Mais il fut toujours un homme de droite. Ne se situant « plus à gauche » que pour conquérir le pouvoir : en 1995 avec la « fracture sociale » et en 2002, malgré lui, quand il fallut battre Le Pen.

Chirac, en quarante ans de vie politique dont douze ans à la tête de l’Etat, fut un monarque qui donna un visage à la formule de Salisbury : « Rex illiteratus est quasi asinus coronatus », un roi illettré est un âne couronné, qu’un récent succès de librairie en BD remet en vogue. Chirac n’incarna jamais de grand dessein pour la France. Pourtant, pour ce grand pays qui franchissait un nouveau siècle, il fallait éclairer l’avenir. On retiendra de lui qu’il fut le président qui porta la voix de la France contre le racisme et contre la guerre. Mais, missionnaire de nos valeurs à l’extérieur, il ne fut que l’émissaire des milieux d’affaires à l’intérieur.

Si nous ne communions pas dans le souvenir d’un homme qui n’est pas encore mort, c’est parce que nous voyons dans son bilan la feuille de route en creux qui doit être celle d’une présidence de gauche. Et les faits nous donnent raison. Bayrou comme Chirac, prétend incarner la confusion des clivages, mais son bilan, comme celui de Chirac avant qu’il ne soit élu président, est un bilan de droite. Sarkozy, après avoir été formé par Chirac, comme un adolescent, a cherché à tuer le père, mais aujourd’hui, par sa campagne, par ses postures et par son imposture, il use du chiraquisme comme d’un anabolisant pour gagner.

Rien dans le chiraquisme n’est utile à la gauche. D’ailleurs, ce n’est pas en copiant l’existant qu’on fera du neuf. Ségolène Royal peut gagner si à l’inverse de Chirac, elle reste elle-même, si elle sait rassembler son camp, convaincre plutôt que flatter, affronter au lieu d’esquiver et décider au lieu de louvoyer.

Il reste un mois et demi. Plus que jamais, il faut entrer dans le vif du sujet. Si on croit que la politique est une chose sérieuse puisqu’il s’agit de la vie des gens, entrons dans le contenu des programmes et des propositions, soulevons le vernis trop brillant des slogans.

Il faut faire tomber les masques maintenant et démontrer que le vrai visage de la droite UMP ou UDF, c’est la continuité de Chirac. Ce n’est pas ce qu’il faut pour notre pays. Il faut une présidente pour la France.

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