C’est la première fois que je prépare un Congrès dans la situation qui est
la mienne, celle de premier signataire d’une contribution crédible, de
candidat sérieux au poste de Premier secrétaire, qui plus est au cour du
Congrès le plus compliqué que le PS ait connu depuis des décennies. Ces jeux
d’appareil sont pour le moins complexes, subtils, ils font partie de la
politique, mais ils sont aussi intellectuellement et humainement
desséchants. Ce n’est pas, je l’avoue, mon activité favorite. Je
préférerais, et de loin, me consacrer aux sujets qui intéressent – et
préoccupent – les Français, à commencer par la crise financière qui, à
travers la fragilité des établissements de crédit, la remontée de l’euro, le
coût de l’argent, la généralisation de l’instabilité, va handicaper
durablement l’économie française. Ce, d’autant plus que nos marges de
manouvres sont cruellement réduites par un paquet fiscal, inutile et
injuste, qui nous interdit tout plan de relance. Il y a là une illustration
frappante de ce « besoin de gauche » que porte notre contribution. Mais ce
blog explose – nous sommes à plus de 5 000 visites par jour ! – et les
passions montent. Alors, il me faut répondre.
Une observation d’abord. Quand j’ai souhaité déposer une contribution
générale, à l’origine au titre de « Socialisme et démocratie » – qui m’en a
confié la responsabilité le 18 mai à l’unanimité – puis avec « Rénover
maintenant », je n’imaginais pas ce que j’allais vivre. Eh bien, je n’ai pas
été déçu ! Je n’insiste pas sur les manouvres diverses, et amicales, que j’ai
dû déjouer, sur les mises en scène dont j’ai été l’objet. Tout cela est
connu. Non, ce qui me frappe est autre chose : la suspicion constante dont
toute initiative, toute expression libre est entourée. Ainsi, je souris de
la colère que certains expriment ici, du rappel à l’ordre qui m’est fait de
respecter le « mandat de La Rochelle », comme si ceux qui en ont empêché la
réalisation, qui ont promu un schéma alternatif malgré le vote des militants
de la contribution, en étaient les gardiens. Parfois, on croit rêver. et c’est
un mauvais rêve. J’ai appris à vivre avec tout ça, avec les mauvaises
manières, la mauvaise foi, la défiance : je le regrette, mais j’avance, avec
mon éthique, avec mes principes, avec ma cohérence.
Alors, où en suis-je ? Eh bien, toujours au mandat de La Rochelle. Je parle
à Martine Aubry, franchement, et pas seulement, comme le disent certains qui
ne peuvent écrire un SMS sans le dire à la presse, pour évoquer mon
anniversaire. Ma position est toujours la même : une motion avec Martine
Aubry et la « ligne claire » – dont je ne me désolidariserai pas – et une
approche, disons prudente, des amis de Laurent Fabius, avec la proposition
de ma candidature, le préalable n’étant pas tant cela que la primaire
ouverte et la non-présidentialisation du parti. Je crois que c’est toujours
possible. J’ai par ailleurs, et j’espère qu’on ne me le reprochera pas,
lancé un appel au rassemblement des réformistes, au retrait des «
présidentiables » de la course au leadership. Ségolène l’a fait, qui s’en
plaindra ? Mais c’est me faire un mauvais procès – je commence à avoir l’habitude
- que de m’accuser d’un ralliement à sa cause : j’ai au contraire dit
clairement lundi pourquoi ce n’était pas le cas. Ça fait un an que je le
répète ici : je ne ferai pas le Congrès pour Ségolène Royal, mais pas non
plus un Congrès du « Tout sauf Ségolène ». Et je discute aussi avec Bertrand
Delanoë. Est-ce un crime ? Je rappelle que c’était dans notre « mandat » -
pour ceux qui ont l’esprit procédurier – du 18 mai, et aussi dans celui de
la Rochelle. Faut-il ostraciser le maire de Paris ? Il me semble au
contraire avoir lu, dans cette lettre de « Socialisme et démocratie » qui ne
me publie plus, qu’il fallait l’accueillir dans la majorité nouvelle.
Certains l’écrivent mais ne le font pas. Moi si.
Alors, chers amis, je demande non pas de l’indulgence, mais du calme, de la
confiance. Je ne sais pas, à cette heure, comment se dénouera notre
aventure. Mais je sais que j’aurai, tout au long de ce parcours, agi avec
une cohérence dont je n’ai jamais dévié, avec une intuition que je ne renie
pas, dans la transparence et dans l’intérêt général du parti. J’aimerais que
tout le monde puisse en dire autant. Jusqu’au bout, en tout cas, je n’en
varierai pas.
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