Je partage à 101% la position de Pierre Moscovici, position présentée dans
l’article ci-dessous tiré de son blog.
JJ CHATEL
QUOI QU’IL ARRIVE?
Mon émission à CANAL + hier a fait couler un peu d’encre et beaucoup de
salive. En disant que j’étais de façon générale hostile à « toute
candidature quoi qu’il arrive », j’ai ouvert la porte à beaucoup d’interprétations.
Pour certains, j’aurais mis de « l’eau dans mon vin », après ma « colère d’Achille
». Pour d’autres, j’aurais tout simplement renoncé, ou au moins faibli.
Claude Bartolone insinue même dans « Marianne » que je vais « craquer »,
rentrer dans le rang – le sien bien sûr. Après la « méthode forte » du
week-end – je veux dire la politique patibulaire – il suffirait d’un peu de
patience pour que je revienne à la raison reconstructrice. Quelle
psychologie ! Quelle finesse ! Quelle délicatesse ! Quelle élégance même !
Décidément, ils ne comprennent rien. Pour moi, c’était clair, mais
apparemment il faut que je m’explique mieux sur des idées très précises dans
mon esprit.
Depuis plusieurs mois, j’attire l’attention sur les dangers, à Reims, d’un
Congrès de Rennes bis. Il y a dans ce parti une large majorité réformiste,
dont la lecture des contributions permet aisément de vérifier l’existence.
Au fond, il y a peu de différences – il y en a quelques unes, pas
insurmontables à mes yeux – entre la plupart des textes susceptibles de
donner naissance à une motion à vocation majoritaire. On retrouve, de façon
classique, deux grandes familles au Parti Socialiste, l’une relevant, de
façon plus ou moins avouée, plus ou moins marquée, de la logique
social-démocrate, l’autre, qui se réclame, de façon à mon sens indue, d’une
orientation « plus à gauche », en réalité plus tribunicienne ou plus
radicale. Chacune de ces familles est divisée, toutes deux peuvent envisager
de se regrouper. De cela découle que la question centrale dans ce Congrès ne
sera pas tant l’identité idéologique du parti que son mode de gouvernance,
la nature de son leadership, autour de l’affirmation ou du refus de sa
présidentialisation. Ici s’ouvre la tension, récurrente, entre l’aspiration
à l’unité, très forte chez les militants, la nécessité de la clarification,
qu’ils ressentent également, la volonté de trouver un « chef ». Nous vivons
sous la Vème République je ne l’ignore pas. Le PS doit se préparer,
impérativement, au grand rendez-vous présidentiel de 2012, pour l’emporter.
Comment notre Congrès peut-il, doit-il nous y amener ? Je ne suis pas, loin
s’en faut, hostile dans l’absolu à l’idée d’un présidentiable à la tête du
Parti : François Mitterrand et Lionel Jospin ont, à des moments différents,
de manière différente, chacun avec son style, avec des résultats inégaux,
joué ce rôle. Mais attention, être à la tête du Parti ne garantit pas la
candidature présidentielle ! Après le Congrès de Rennes, le Parti a connu
une terrible période d’instabilité, avec 5 Premiers secrétaires en 5 ans,
dont Pierre Mauroy, Laurent Fabius et Michel Rocard, qui pouvaient
évidemment prétendre à la fonction suprême, ou du moins concourir en 1995.
La compétition, finalement, fut livrée par un « outsider ». un certain
Lionel Jospin. François Hollande, resté 11 ans Premier secrétaire, n’a pu
être candidat.
C’est pourquoi la question du leadership ne doit pas être posée
abstraitement, hors du temps, elle doit l’être concrètement, aujourd’hui,
dans la situation présente. Au fond, la question qui nous est posée est la
suivante : sommes-nous en état de trouver aujourd’hui un leadership
présidentialiste qui unifie ? Je ne le crois pas. S’il y avait aujourd’hui
un homme, ou une femme, qui s’impose, capable de réunir une large majorité
sur son nom, je serais immédiatement derrière lui ou derrière elle, avec
enthousiasme, pour apporter le concours actif de la génération qui suit.
Chacun sait que ce n’est pas le cas, qu’aucun d’eux n’a aujourd’hui une
véritable avance sur les autres, dans le Parti ou auprès des Français, qu’un
Congrès de confrontation aboutirait à la fois à une nouvelle dégradation du
climat au sein du PS, à un effondrement de notre image déjà mauvaise dans l’opinion,
à une bataille constante pour la présidentielle, sans que nous soyons en
mesure pour autant de nous mettre en ordre de marche. C’est pourquoi j’ai la
conviction, forte, que l’exigence d’unité, de clarté idéologique, de remise
au travail doit l’emporter sur toute autre considération en 2008, la
compétition présidentielle devant pour sa part être tranchée en 2011 à
travers des primaires ouvertes. C’est pourquoi je suis candidat au poste de
Premier secrétaire, avec une grande détermination, plus forte encore depuis
La Rochelle. C’est pourquoi cette option, qui en d’autres circonstances, n’existerait
tout bonnement pas, gagne chaque jour en crédibilité et en audience auprès
des militants – j’en ai eu confirmation encore Mercredi dans un débat
militant aux Mureaux.
Alors, s’agit-il d’une candidature « quoiqu’il arrive » ? Si le Parti ne
parvient pas à dégager une solution rationnelle, si nous ne savons pas, d’ici
au Conseil national de Synthèse du 23 septembre, trouver les voies de l’unité
dans la clarté, oui, bien sûr, il y aura une offre politique alternative à
celle des 2 ou 3 présidentiables qui veulent aujourd’hui s’engager et je l’incarnerai.
Faut-il aller jusque là, accepter cette confrontation, qui abîmerait le PS,
comme une fatalité ? Je ne le crois pas. Est-ce l’intérêt particulier de
Ségolène, Bertrand, Martine, de se faire les protagonistes de la
fragmentation du PS alors qu’ils souhaitent légitimement – ne soyons pas
faux-cul – le représenter face à Sarkozy en 2012 ? Est-ce l’intérêt général
de la gauche ? Est-ce là ce qu’on attend de nous ? Non, non, cent fois non.
Voilà pourquoi rien ne doit être considéré comme inéluctable, définitif,
quoi qu’il arrive. Il faudra bien que les principales personnalités du PS,
celles qui peuvent incarner l’avenir de la gauche devant le Pays, se parlent
sans se faire les uns aux autres des procès d’intention, il faudra bien qu’elles
soupèsent leur responsabilité avant de se lancer dans cette aventure, que ce
Congrès soit maîtrisé, sans quoi nous en paierons les pots cassés dès les
Européennes de juin 2009. J’ai la conviction que le chemin que je propose
est le bon pour le Parti, celui du ressaisissement collectif, du renouveau,
du rajeunissement, du travail, du réformisme assumé. Je le défendrai tout au
long de ce Congrès, sans faiblir, sans transiger sur les principes, sans
passer d’alliances peu lisibles. Quoi qu’il arrive, donc.
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