Le PS demeure, aux yeux de beaucoup de Français et la plupart de ses
militants, peu lisible. La multiplicité des contributions, la pluralité des
expressions, la dureté des affrontements – je pense aux tacles sévères
adressés à Ségolène Royal par Jack Lang, ou par les lieutenants de Laurent
Fabius- l’extrême concurrence des ambitions désorientent ou blessent. Le
Congrès de Reims paraît menacé à la fois par la tentation du statu quo,
démobilisateur, et par la perspective de la confrontation des
présidentiables, délétère. Les démonstrations de force se succèdent, les
pressions sur les élus sont fréquentes, les adhérents ressentent du
désarroi, de la crainte. Et pendant ce temps-là, la voix du PS est mal
audible, peu claire. C’est d’autant plus regrettable que les motifs de
réaction ou d’indignation ne manquent pas – je pense à l’attaque contre les
syndicats ou à la mise au pas de l’audiovisuel public. Cette situation
m’inquiète. À cet égard, je veux souligner la bonne interview donnée par
Martine Aubry à « la Voix du Nord ». Je n’ai pas toujours été, par le passé,
d’accord avec elle, davantage d’ailleurs du fait de divergences de forme que
d’oppositions fondamentales. Je suis plus prudent qu’elle sur la perspective
d’une alliance privilégiée avec les amis de Laurent Fabius : je respecte
ceux-ci, il n’y a aucune raison de les tenir par principe à l’écart, mais de
là à les mettre au cour de la future majorité du parti, il y a un pas que je
ne franchis pas. Enfin, je ne suis pas sûr que le meilleur rôle pour cette
femme de grand talent, qui a trouvé dans le Nord Pas-de-Calais un rôle à sa
mesure et une forte audience, soit celui de Premier secrétaire du Parti
socialiste . Mais j’ai apprécié son expression pondérée, équilibrée, son
refus de tout compromis boiteux sur l’Europe, sa volonté de défendre des
valeurs partagées, et pour cela de remettre le parti au travail. Comme moi,
Martine pense que « l’essentiel est de se regrouper », qu’« un duel entre
deux candidats supposés à la présidentielle ne permettra pas ce travail
collectif dans la sérénité ». Elle propose « un pacte de confiance entre des
hommes et des femmes qui laisseront de côté leur fidélité ou leur intuition
sur celui ou celle qui pourra être notre candidat en 2012, pour ne se
consacrer qu’à un seul objectif: redonner l’espérance aux Français ».
2) Un mot sur le ton de l’opposition, puisque c’est notre débat du jour. Je
ne suis pas un partisan des jugements de Salomon, mais je veux chercher la
ligne juste. Quand j’ai publié mon « liquidateur », j’ai été taxé, ici même
parfois, d’anti-sarkozisme primaire. Il fallait, paraît-il, éviter l’opposition
systématique, mettre l’accent sur les propositions. Pourtant, j’assume ma
démarche : l’entreprise si particulière et dangereuse qui se déroule sous
nos yeux méritait une analyse fouillée, plus nuancée qu’on ne l’a dit, et
débouchait – même si cela n’a pas été suffisamment lu dans ce livre – sur
une approche de la rénovation du PS dont je ne me départis pas. La réalité,
depuis lors, a dépassé mon propre sentiment, à tel point que beaucoup,
maintenant, me reprochent d’être trop modéré. Eh bien, je ne le pense pas :
les critiques excessives, l’« opposition frontale » font certes plaisir,
défoulant des sentiments hostiles, mais ne font pas avancer les choses si
elles ne sont pas étayées. Ainsi, je n’ai pas crié avec les loups
socialistes quand Ségolène Royal a proclamé son jugement expéditif depuis le
Québec. C’eût été inélégant, ce n’est pas ainsi que le PS doit fonctionner.
Pour autant, procéder comme elle l’a fait ne me semble pas un exemple. Car
sa position était en partie erronée, et en tout cas simpliste. Elle a été
perçue comme telle par une grande partie de l’opinion, y compris à gauche,
qui sait que si Sarkozy n’est pas l’auteur de la libération d’Ingrid
Betancourt, il est faux de dire que la France n’a rien fait pour tenter d’y
parvenir. Je ne pense pas qu’on gagne ainsi en crédibilité. Moralité : une
bonne opposition doit à la fois être radicale et argumentée. Je vais rester
sur cette ligne de crête, tout simplement parce que je pense que c’est celle
que le PS doit suivre pour être entendu et, là aussi, retrouver la confiance
des Français.
PS: nette réélection de Jean-Marc Ayrault à la tête du groupe PS à
l’Assemblée nationale. Ce vote était à mes yeux inutile, et même inopportun:
il aurait mieux valu attendre le Congrès pour renouveler nos instances
parlementaires, en fonction de la majorité qui sortira du vote des
socialistes. Résultat: la courte campagne a confondu les échéances et les
genres, le groupe parlementaire et les futurs regroupements, comme s’il
s’agissait d’adouber ou repousser les « reconstructeurs », les problèmes de
personnes et les convictions. J’ai été solidaire de la démarche de
renouvellement d’Arnaud Montebourg, comme il l’est de la mienne. Mais il
faudra tirer les leçons de cet échec: je souhaite, pour l’avenir, une
démarche plus construite, plus cohérente. En attendant, oublions cet
épisode, et remettons nous au travail à l’Assemblée nationale, tous
ensemble, face à la droite.
2008 uncategorized le ps demeure ! précision iimportante pour la compréhension
merci pour cebbillet, c’est toujours un plzaisir de vous lire, bye bye