Archive pour juillet 2008

La Lettre N° 143

socialisme&

démocratie

 

Cliquez sur le lien pour retrouver la lettre de Socialisme et démocratie

Tiré du blog de Jean-Jacques URVOAS

Hier Jean-Marc Ayrault a donc été brillamment réélu avec 121 voix contre 57

pour Arnaud Montebourg. J’ai voté pour ce dernier.

Non simplement pour le plaisir du changement mais parce que j’observe le

comportement de la droite à l’Assemblée depuis un an et qu’il m’a semblé qu’il

nous fallait à la tête du groupe un flibustier malin et audacieux.

Ce ne fut pas le choix majoritaire du groupe. Ce n’est évidemment pas un

drame. Il n’y a que les socialistes pour parvenir à transformer un vote en

affrontement.

J’y repensais en lisant hier après midi avant que la séance ne reprenne sur

les institutions, un livre écrit par Charles de Gaulle en 1924 “la discorde

chez l’ennemi”.

A la fin de son avant propos, il écrivait “Dans le jardin à la française,

aucun arbre ne cherche à étouffer les autres de son ombre, les parterres s’accommodent

d’être géographiquement dessinés, le bassin n’ambitionne pas de cascade, les

statues ne prétendent point s’imposer seules à l’admiration. Une noble

mélancolie s’en dégage parfois. Peut-être vient-elle du sentiment que chaque

élément, isolé, eût pu briller davantage. Mais c’eût été au dommage de l’ensemble,

et le promeneur se félicite de la règle qui imprime au jardin sa magnifique

harmonie”.

Je sais maintenant ce que je veux pour le congrès de Reims, que le PS

devienne un jardin à la française..

extrait du blog de Pierre Moscovici

Le PS demeure, aux yeux de beaucoup de Français et la plupart de ses

militants, peu lisible. La multiplicité des contributions, la pluralité des

expressions, la dureté des affrontements – je pense aux tacles sévères

adressés à Ségolène Royal par Jack Lang, ou par les lieutenants de Laurent

Fabius- l’extrême concurrence des ambitions désorientent ou blessent. Le

Congrès de Reims paraît menacé à la fois par la tentation du statu quo,

démobilisateur, et par la perspective de la confrontation des

présidentiables, délétère. Les démonstrations de force se succèdent, les

pressions sur les élus sont fréquentes, les adhérents ressentent du

désarroi, de la crainte. Et pendant ce temps-là, la voix du PS est mal

audible, peu claire. C’est d’autant plus regrettable que les motifs de

réaction ou d’indignation ne manquent pas – je pense à l’attaque contre les

syndicats ou à la mise au pas de l’audiovisuel public. Cette situation

m’inquiète. À cet égard, je veux souligner la bonne interview donnée par

Martine Aubry à « la Voix du Nord ». Je n’ai pas toujours été, par le passé,

d’accord avec elle, davantage d’ailleurs du fait de divergences de forme que

d’oppositions fondamentales. Je suis plus prudent qu’elle sur la perspective

d’une alliance privilégiée avec les amis de Laurent Fabius : je respecte

ceux-ci, il n’y a aucune raison de les tenir par principe à l’écart, mais de

là à les mettre au cour de la future majorité du parti, il y a un pas que je

ne franchis pas. Enfin, je ne suis pas sûr que le meilleur rôle pour cette

femme de grand talent, qui a trouvé dans le Nord Pas-de-Calais un rôle à sa

mesure et une forte audience, soit celui de Premier secrétaire du Parti

socialiste . Mais j’ai apprécié son expression pondérée, équilibrée, son

refus de tout compromis boiteux sur l’Europe, sa volonté de défendre des

valeurs partagées, et pour cela de remettre le parti au travail. Comme moi,

Martine pense que « l’essentiel est de se regrouper », qu’« un duel entre

deux candidats supposés à la présidentielle ne permettra pas ce travail

collectif dans la sérénité ». Elle propose « un pacte de confiance entre des

hommes et des femmes qui laisseront de côté leur fidélité ou leur intuition

sur celui ou celle qui pourra être notre candidat en 2012, pour ne se

consacrer qu’à un seul objectif: redonner l’espérance aux Français ».

2) Un mot sur le ton de l’opposition, puisque c’est notre débat du jour. Je

ne suis pas un partisan des jugements de Salomon, mais je veux chercher la

ligne juste. Quand j’ai publié mon « liquidateur », j’ai été taxé, ici même

parfois, d’anti-sarkozisme primaire. Il fallait, paraît-il, éviter l’opposition

systématique, mettre l’accent sur les propositions. Pourtant, j’assume ma

démarche : l’entreprise si particulière et dangereuse qui se déroule sous

nos yeux méritait une analyse fouillée, plus nuancée qu’on ne l’a dit, et

débouchait – même si cela n’a pas été suffisamment lu dans ce livre – sur

une approche de la rénovation du PS dont je ne me départis pas. La réalité,

depuis lors, a dépassé mon propre sentiment, à tel point que beaucoup,

maintenant, me reprochent d’être trop modéré. Eh bien, je ne le pense pas :

les critiques excessives, l’« opposition frontale » font certes plaisir,

défoulant des sentiments hostiles, mais ne font pas avancer les choses si

elles ne sont pas étayées. Ainsi, je n’ai pas crié avec les loups

socialistes quand Ségolène Royal a proclamé son jugement expéditif depuis le

Québec. C’eût été inélégant, ce n’est pas ainsi que le PS doit fonctionner.

Pour autant, procéder comme elle l’a fait ne me semble pas un exemple. Car

sa position était en partie erronée, et en tout cas simpliste. Elle a été

perçue comme telle par une grande partie de l’opinion, y compris à gauche,

qui sait que si Sarkozy n’est pas l’auteur de la libération d’Ingrid

Betancourt, il est faux de dire que la France n’a rien fait pour tenter d’y

parvenir. Je ne pense pas qu’on gagne ainsi en crédibilité. Moralité : une

bonne opposition doit à la fois être radicale et argumentée. Je vais rester

sur cette ligne de crête, tout simplement parce que je pense que c’est celle

que le PS doit suivre pour être entendu et, là aussi, retrouver la confiance

des Français.

PS: nette réélection de Jean-Marc Ayrault à la tête du groupe PS à

l’Assemblée nationale. Ce vote était à mes yeux inutile, et même inopportun:

il aurait mieux valu attendre le Congrès pour renouveler nos instances

parlementaires, en fonction de la majorité qui sortira du vote des

socialistes. Résultat: la courte campagne a confondu les échéances et les

genres, le groupe parlementaire et les futurs regroupements, comme s’il

s’agissait d’adouber ou repousser les « reconstructeurs », les problèmes de

personnes et les convictions. J’ai été solidaire de la démarche de

renouvellement d’Arnaud Montebourg, comme il l’est de la mienne. Mais il

faudra tirer les leçons de cet échec: je souhaite, pour l’avenir, une

démarche plus construite, plus cohérente. En attendant, oublions cet

épisode, et remettons nous au travail à l’Assemblée nationale, tous

ensemble, face à la droite.


 

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