La plume et le bistouri

La plume et le bistouriSanté privée-santé publique, regards croisés.28/09/2007

Monsieur,

            Je suis un ancien externe de La Pitié, actuellement interne en oncologie en Ile de France. Les exemples, dans certains hôpitaux “sensibilisés” à la T2A, “d’optimisation” de la T2A sont légions. La plupart du temps sans conséquence directe pour le patient, mais rajoutant des procédures inutiles (produit de contraste à amener avec soi…).

Un peu plus aberrant, la disparition de certaines salles des hospitalisations de 24h pour chimio : pas assez rentable. 48h est nettement mieux payé, donc on garde les patients concernés 48h…Dans le même style : ne pas poser de PAC pendant une hospi (=geste du coup non ou peu payé), mais faire venir exprès pour ça le patient quelques jours avant, en externe (geste facturable à la sécu).

Rédigé le 28/09/2007 à 11:39 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)

 

“Cher confrère,

            C’est avec plaisir que j’ai signé votre lettre car je partage totalement votre analyse. Je constate au quotidien que la T2A a des effets pervers…. C’est ainsi que je subis ces dernières années des pressions plus qu’appuyées de la part de mon chef de service et de l’administration de mon hôpital pour augmenter le nombre de stimulateurs cardiaques que j’implante… D’aprés nos fournisseurs de pace-makers, la tendance est assez générale et les affaires marchent trés bien dans notre pays qui détenait déjà le record du nombre d’implantations indexé sur la population… Il me semble d’ailleurs qu’un rapport de la Cour des Comptes avait noté le caractére inflationniste de la T2A sur certains actes …”Rédigé le 27/09/2007 18:35 |

Grimaldi en guerre contre la T2A

André Grimaldi est diabétologue, chef de service à l’hôpital la Pitié à Paris. Il est militant. Très militant. Hier trotskiste, aujourd’hui il est un des farouches adversaires de l’hôpital entreprise. Ces derniers temps, il est parti en guerre contre les méfaits de la T2A, la tarification par activité, qui sert de base pour fixer le budget d’un hôpital. Il vient d’écrire une lettre à la ministre de la santé pour lui faire part de ses inquiétudes. Lettre cosignée par prés d’un millier de médecins hospitaliers, dont une foule de grand nom, comme Didier Sicard, président du Comité national d’éthique, mais aussi par près de 300 professeurs de médecine

            “Madame la Ministre, les médecins et cadres hospitaliers signataires, de toutes opinions politiques ou syndicales, attachés à la qualité du service public hospitalier, tiennent à vous alerter sur les défauts révélés par la mise en place de la réforme hôpital 2007»…. écrivent-ils. Et ils précisent: «Le financement par la T2A conduit à privilégier les malades et les activités rentables financièrement, c’est-à-dire essentiellement les patients ayant des pathologies aiguës relevant de gestes techniques et n’ayant pas de poly-pathologies ni de maladie chronique ou de problèmes sociaux ou psychiatriques. La T2A pousse à une augmentation aberrante d’activités jugées «rentables» comme les hospitalisations de jour, quitte à accroître abusivement la prescription d’examens complémentaires pour les justifier. Elle conduit à rétribuer des actes techniques dans le cadre de pathologies aiguës pour lesquelles des mesures préventives efficaces et reconnues existent mais qui ne bénéficient d’aucun financement».

            André Grimaldi adore parler. Il sait être convainquant, quand il prend un exemple qui montre combien, dans sa discipline, certains actes techniques sont survalorisés par la T2A. Il raconte: «Je reçois, il y a quelques temps, un coup de téléphone d’un journaliste de France2. Il me dit qu’il a un ami diabétique, qui est à Evian, et qui doit être amputé. Il me demande si je peux le prendre dans mon service. J’accepte. Il vient en ambulance, je vois que c’est un patient extrêmement compliant, qui répond bien au traitement médicamenteux, et qu’il faut juste un petit geste chirurgical, à mille lieux de l’amputation. Coût complet de ma prise en charge, au tour de 1000 euros. Si le même patient est amputé, le coût facturé à l’hôpital est de plus de 6 000 euros. Avec la T2A. On voit bien que l’on est conduit à certaines pratiques car elles seront plus rentables, car mieux payés. C’est là, l’absurdité».

            On ne sait pas quel sera l’avenir de cette lettre ouverte. Aujourd’hui, André Grimaldi a reçu un coup de téléphone de l’Élysée: il sera reçu par un conseiller. Puis par un autre conseiller du ministère de la santé.

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